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  A R M A N D   T R O U S S E A U   ( 1801 - 1867 )

armand trousseauarmand trousseau

"Ne croyez pas trop à la parole du maître, ne restez pas des écoliers serviles ; allez, voyez, comparez."

 
 

BIOGRAPHIE


Armand Trousseau (1801-1867) est un médecin et clinicien français.

Il est né le 14 octobre 1801 à Tours, peu de temps après le coup d’état du 18 brumaire, dans une France en période de relative paix intérieure. Jacques Coeur serait son ancêtre. Jeune orphelin d’un père enseignant, il bénéficie d'une bourse pour faire ses études secondaires au lycée d'Orléans, puis à celui de Lyon où il est le condisciple d’Edgar Quinet.

 

Il est ensuite quelque temps professeur de rhétorique à Châteauroux mais, fortement attiré par la médecine, il change d'orientation et commence ses études à Tours sous la tutelle de Pierre Bretonneau  alors médecin-chef de l'hôpital, avec qui il apprend les méthodes d'observation clinique.  Cette rencontre modifiera son destin et son nom reste encore attaché à celui de Bretonneau, dont il sera l’ami fidèle, le fils spirituel et le brillant continuateur. Avec Velpeau, tous trois constituent "l'école médicale de Tours". 

 

Il poursuit ses études à Paris où il fréquente entre autres François Broussais, Joseph Récamier, Théophile-René Laënnec, Jacques Lisfranc. Son ascension est fulgurante. Après soutenance de sa thèse, il devient docteur en médecine en 1825, puis  est brillament nommé agrégé de la faculté de médecine de Paris en 1827.

 

Il entretien une correspondance étroite avec Bretonneau, son maître, dont il diffuse les découvertes et les travaux. « De la maladie à laquelle M. Bretonneau a donné le nom de dothiénentérie » (1826) est le premier article paru sur ce sujet ; l'année suivante, il fait imprimer La Diphtérite qui a été présentée par Bretonneau en 1821 à l'Académie de médecine. Envoyé en octobre 1828 à Gibraltar pour étudier l'épidémie de fièvre jaune, il contracte lui-même cette maladie.

 

Nommé médecin des Hôpitaux en 1930, il entre à l'Hôtel-Dieu en 1831. En 1832, il obtient une position dans la santé publique au Bureau Central.

 

Il écrit, avec son élève Pidoux, le Traité de thérapeutique et matière médicale (1835) puis, seul, le Traité pratique de la phtisie laryngée, de la laryngite chronique et des maladies de la voix (1837).

 

Il s'opposa à la doctrine de Broussais. Partageant les idées de Bretonneau sur la diphtérie et le typhus, sur la notion de la spécificité et sur la contagion par germes, il fut aussi un disciple de la trachéotomie, notamment dans le croup, qu'il sera un des premiers à pratiquer: "Encore une petite fille de quatre ans sauvée: c'est ma 130ème opération en tout, ma 120ème pour le croup ; c'est ma 29ème  guérison. C'est à vous que tout cela appartient... Pour fermer la plaie, le procédé est joli : deux morceaux de taffetas d'Angleterre, de cette largeur et de cette grandeur ; à l'une des extrémités une sorte d'agrafe.".

 

Au lendemain de l'épidémie de choléra qui frappa Paris en mars 1832, il se lamente dans une lettre adressé à Bretonneau : "Savez-vous bien que c'est une effroyable maladie. Nous avons eu de 12 000 à 14 000 morts les 10, 11 et 12 avril ; les journaux ne pouvaient pas dire la vérité, c'eût été affreux. Mais dans nos hôpitaux, c'était désespérant : j'ai eu à l'Hôtel-Dieu un lit dans lequel quatre malades sont successivement morts dans l'espace de sept heures...".

 

En 1837, l'Académie médicale lui offre un prix honorifique. Deux ans plus tard, en 1839, Armand Trousseau est nommé à la tête de la chaire de thérapeutique à la faculté de médecine de l'Université de Paris. Puis, la même année, il est transféré à l'Hopital Saint-Antoine.

 

En 1848, après la chute de la monarchie de juillet, il se présente aux élections législatives et est élu député d'Eur et Loir à la Constituante. Il siègera quelques temps mais ne sera pas réélu à la Législative. Amer, il décide de ne plus poursuivre cette expérience. On lui doit pourtant quelques belles interventions à la Tribune.

 

Enfin, en 1852, il accède à la Chaire de Clinique Médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris qui est un des postes les plus prestigieux de l’époque. Jusqu'à sa retraite, il enseigne et répand les théories de Bretonneau, tout en s'opposant à celles de Broussais.

 

En 1856, il devient membre de l'Académie de médecine, et écrira  à son maître Bretonneau à ce sujet : "J'ai tant de mépris pour elle que je ne veux rien lui dire là-dessus ; pourtant c'est un devoir de leur faire luire la vérité et peut-être leur jetterai-je cet os pour qu'ils se le disputent publiquement et que vous soyez glorifié comme vous devez l'être."

 

Avant tout clinicien et thérapeute, il est un des plus grands praticiens de son temps et un des principaux acteurs de la révolution que vit la médecine en cette période charnière du XIXème siècle. Son visage noble, encadré de favoris touffus à la mode à l'époque, son calme, sa courtoisie et son attitude attentive inspirent la confiance. Il devient donc un consultant très sollicité. En outre, sa vaste culture, ses qualités d’orateur et son talent pédagogique exceptionnel en font un des plus brillants professeurs de son époque et rendent ses leçons cliniques captivantes et très fréquentées.

 

Il diffuse ainsi les idées de son maître Bretonneau qu’il a du reste sauvé d’un injuste oubli. Son célèbre traité de la « Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu », publié en 1861, lui permet d’acquérir une renommée mondiale. Modèle de clarté et de précision, cet ouvrage fait le point entre autres sur la variole, la diphtérie, la notion de la contagion par des germes,  l'asthme (dont il est lui même atteint), l’angine de poitrine, le goitre exophtalmique, mais aussi sur l’ulcère chronique simple de l’estomac, la fissure à l’anus, les coliques hépatiques, l’ictère grave, la cirrhose, etc … ainsi que la tétanie qui se matérialise par une contracture de la main et qu'il observa lors d'une crise de spasmophilie en 1861 (signe de Trousseau). Maintes fois traduit et réédité, il instruira plusieurs générations de médecins.

 

De surcroît, il reste connu pour avoir inventé la thoracenthèse dans les épanchements pleuraux, dont le procédé sera d’ailleurs perfectionné par Paul-Georges Dieulafoy, l'un de ses principaux élèves.

 

Il est en outre le rédacteur du Journal des connaissances médicochirurgicales.

 

Les Goncourt relatent que le bruit de la maladie de Trousseau s'étant répandu, une mère arriva dans son service en s'écriant: "on dit que vous allez mourir, que va devenir mon enfant?" Trousseau fit un signe aimable et lui donna de longues recommandations.

 

"Je suis perdu, une phlébite qui vient de se déclarer cette nuit ne me laisse plus aucun doute sur la nature de mon mal." déclara-t-il à son élève M. Peter. Le destin lui permettait de vérifier ainsi la justesse d'une observation qu'il avait faite autrefois sur les rapports de certaines phlébites et du cancer gastrique.

 

Il meurt le 23 juin 1867, à l’âge de 66 ans, au seuil de l’ère pastorienne, ayant suivi en clinicien l'évolution d'un cancer de l'estomac dont il avait fait le diagnostic six mois auparavant (comme l'avait fait Broussais).  En tenant la main de sa fille, il soupire dans un dernier souffle : « Tant que je la serrerai, je serai vivant… Après, je ne saurai plus où je serai… ».

 

Ses obsèques furent célébrés en l'église de la Madeleine à Paris, où une foule très nombreuse était venue lui rendre un dernier hommage, puis il fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

 

Son fils, Georges Trousseau, fut également médecin, ainsi que son petit-fils, Armand-Henri Trousseau, devenu ophtalmologue.

 

Ami de Victor Hugo, d'Eugène Delacroix et de bien d'autres, il eut un renom considérable.

 
 

 

JUGEMENTS

 

Trousseau a si parfaitement incarné le type même du clinicien français au milieu de XIXe siècle que sa figure a pris valeur de symbole devant ses contemporains et devant l'Histoire.

 

M. Bariéty et Ch. Coury

 

 

EXTRAIT DU JOURNAL D'EUGENE DELACROIX

 

"Lundi 10 janvier 1853 : Halévy nous contait, à Trousseau et moi - à ce dîner - qu’entendant parler un vieillard battu par son fils, il avait trouvé dans ce prétendu vieillard un homme de cinquante à cinquante-deux ans ; mais c’était un homme qui paraissait vingt ans de plus : c’était quelque marchand de vin retiré. Ces natures brutes s’affaissent promptement, quand l’activité physique ne les soutient plus. Nous disions à ce propos que les gens qui travaillent de l’esprit se conservent mieux. Il m’arrive très souvent le matin d’être ou de me croire malade jusqu’au moment où je me mets à travailler. J’avoue qu’il se pourrait qu’un travail ennuyeux ne fit pas le même effet, mais quel est le travail qui n’attache pas l’homme qui s’y consacre ? Je disais à Trousseau que je ne ressemblais pas à ces musiciens qui disent du mal de la musique, etc. Il m’a dit qu’il aimait passionnément son métier, qui est un des plus répugnants qu’on puisse embrasser. C’est un homme de plaisir, qui doit aimer ces aises. Tous les jours, dans cette saison, son réveille-matin le fait lever et courrir à son hôpital, lever des appareils, tâter le pouls, et pis encore, à des malades dégoûtants, dans un air empesté où il passe la matinée. Quand la disposition ne l’y porte guère, il est à croire que l’amour-propre le fait. Dupuytren n’y a jamais manqué, et il n’est pas probable que ce soit cette assiduité qui l’ait fait mourir prématurément. Au contraire elle aura peut-être combattu quelque mauvaise influence, qui aura fini par le tuer."

 

 

Voici le jugement de Joseph-Michel GUARDIA (1830-1897) extrait de son Histoire de la Médecine, d'Hippocrate à Broussais et ses successeurs

 

"Trousseau savait admirablement tirer avantage des dons heureux que lui avait prodigués la nature. Haute taille, belle prestance, traits réguliers, physionomie ouverte et mobile, tête bien faite, tournure élégante, tout annonçait à première vue un homme d'élite et sûr de lui-même. Peut-être manquait-il un peu de cette distinction naturelle qui ne se peut acquérir mais quelle riche organisation. La force intellectuelle brillait sur son front et dans ses yeux ; sa mémoire était prompte, tenace et bien meublée et une forte culture littéraire relevait encore toutes ces richesses.

 

Parlant purement, correctement, et toujours d'abondance, avec ordre et méthode, il savait donner du relief et de la couleur à sa parole, très puissante quand elle ne devançait point sa pensée car il sentait vivement et ne distinguait pas toujours très nettement les impressions et les sentiments d'avec les idées. Une prononciation parfaite, une voix claire et forte, des inflexions qui charmaient et passionnaient l'auditoire, telles étaient ses facultés d'orateur. Le professeur savait qu'il ne perdait rien à se montrer éloquent, et, sans y penser, il se laissait aller à cette merveilleuse facilité d'élocution, qui l'enchantait lui-même, car il était artiste, et de premier ordre.

 

Avec tous ces talents, il devait plaire à la jeunesse ; et en effet, il se trouvait bien plus à l'aise dans le grand amphithéâtre de l'Hôtel-Dieu qu'à l'Académie, où il lui arrivait quelquefois de perdre le fil de son discours. Il fallait l'entendre dans ce costume de travail qui dessinait son buste, dans cette attitude naturelle sans familiarité, la main droite armée de ce marteau d'ivoire et d'ébène, qui accompagnait régulièrement les modulations de sa voix harmonieuse et magistrale, avec des mouvements sobres et cadencés. Son petit doigt même avait de la physionomie. En somme, acteur admirable, et professeur excellent. Au lit du malade, on le voyait se recueillir, méditer, et souvent manifester son hésitation, ses doutes, son ignorance même car il se trompait, comme tout le monde, confessait ses méprises, ses erreurs, ses fautes aussi et plus d’une fois nous l'avons vu rectifier son diagnostic de la veille, sans embarras ni fausse honte, comme il convient à un maître qui sent sa force et qui comprend sa mission, son devoir, ce serait trop dire, car c'était une nature d'artiste, et non un moraliste, un peu cynique et médiocrement réservé dans ses expressions, ce qui prouve une imagination forte et une éducation négligée.

Il aimait la parole et l’action et quand il se croisait les bras, on pouvait être certain qu'il cherchait dans ses souvenirs quelque combinaison heureuse, quelque moyen efficace. De sa chaire de thérapeutique et de matière médicale il transporta dans la clinique ce qui n'y était point avant lui, la science des indications et des moyens de les remplir. Il prenait au sérieux l'art de guérir, qu'il enseignait pratiquement, maniant avec à propos et dextérité quelques médicaments de prédilection.


Plus près de Bretonneau que de Récamier, il croyait pourtant à ce tact exquis, à ce flair supérieur des grands praticiens, sinon à ces illuminations soudaines dont les esprits mystiques et crédules font honneur aux illuminés. Disons toutefois, que cette intelligence nette et clairvoyante souffrait la pénombre et le demi-jour, comme le prouve son association avec Pidoux, dont le tangage peu clair contrastait si fort avec le sien.

 

Trousseau penchait plutôt vers la rhétorique que du côté de la philosophie. Sa « Clinique Médicale de l’Hôtel Dieu » forme un recueil rempli de faits intéressants, mais un peu diffus et décousu. De doctrine, il n'y en a point mais les tendances révèlent un empirique de race, et qui a dit, autant qu'il le pouvait, toute sa pensée dans ses conférences sur l'empirisme, où il s'exprime comme un maitre qui possède à fond son sujet.

 

Trousseau savait la chirurgie : c'est lui qui a dressé la table des matières, en un volume, du traité magistral et classique de Boyer. Il pratiquait avec une rare habileté l'opération de la trachéotomie, tombée en désuétude depuis  des siècles, et dont il fut l'ardent promoteur. Peut-être fut-il aussi le premier et le plus heureux praticien de son temps. Il nous parait difficile qu'on lui conteste le titre enviable et mérité de restaurateur de la thérapeutique. Pour être un grand médecin, il n'a manqué à ce maitre guérisseur qu'un sens moral plus développé, une instruction plus solide et l'esprit philosophique."

 
 

 

 




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